articles concernant le ski-alpinisme, la course à pied, le trail et le cross-country.
A chacune de mes participations à la Tre Rifugi c’est un pèlerinage que je réalise en terre italienne. Toujours la même joie de faire le voyage, de découvrir un nouvel hôte, de revoir les coureurs transalpins que je connais et l’enthousiasme de Giorgio Colombo le pilier de l’organisation.
Dés le départ le jeune champion local Marco Testino s’échappe rapidement avec la fougue de sa jeunesse. Je suis d’abord en septième position, mais la pente raide va m’aider à repasser à la seconde place à une trentaine de mètres derrière le leader. L’effort est violent et je dois rester en intensité maximale pour ne pas le laisser s’échapper. Après 250m d+ nous mettons les skis sur le sac pour un portage d’abord montant puis descendant. Je suis à fond et l’écart se maintien. Nous remettons les skis pour 100m, puis c’est la première descente sur une neige savonneuse avec des bourrelés détrempés, puis gelée dans un mur de bord de piste avec des chicanes délicates. Du reste le parcours empruntera cette descente à trois reprises !
Au repautage nous nous trouvons mêlés à la tête de course de la coupe du Monde femmes et hommes. C’est ainsi que allons faire une montée de 360m d+ en évoluant au milieu des skis des 10 meilleurs hommes et de Laetitia Roux, que je prends soins d’encourager au passage. Dans un mur très raide où même les cadors ont du mal à progresser, je reviens sur Marco Testino, je le dépasse et je prends une trentaine de mètres d’avance sur lui. Mon cardio est au zénith et pourtant il n’y a pas de soleil ! A la bascule sommitale nous changeons de direction par rapport aux coureurs de la coupe de monde et c’est une descente facile mais peu glissante sur une neige qui se confond parfois avec un petit ruisseau. La montée qui arrive ne me convient pas du tout, c’est long et plat en mode pas alternatif de ski de fond. Marco revient fort sur moi et nous entamons la descente suivante ensemble. Au repautage je repars devant je mets le turbo. L’effort est maximal, la bouche et les narines ouvertes en grand pour inspirer le maximum d’oxygène. Je travaille techniquement mes pas au mieux pour être efficace. Je ne peux pas aller plus vite et Marco reste toujours à une vingtaine de mètres derrière moi. Nous reprenons le parcours de la première descente et mes cuisses sont dures comme du bois en raison de l’effort consentit peu avant. Marco me double et nous repautons à nouveau dans le même mouvement pour faire une deuxième fois le montée difficile de 360m d+. Je sais que c’est le moment de tout donner pour essayer de le distancer. Je force à fond sur mes bâtons dans les parties très raides où les peaux ont du mal à accrocher.
Je relance au mieux dans les courtes traversées, puis dans un passage vraiment ardu j’arrive enfin à prendre dix mètres d’avance. Je suis survolté dans la douleur extrême et je pense pouvoir m’échapper ainsi. Mais rien y fait le jeune homme parvient à trouver les ressources nécessaires pour que la distance ne s’accentue pas. Il doit souffrir autant que moi, mais nous n’en laissons rien paraître extérieurement. Dans la descente qui suit nous partons dans un brouillard épais et Marco intelligemment se sert de moi pour anticiper un passage délicat où il me double avec une vitesse suffisante pour prendre de l’avance et disparaître de mon champ de vision. Au repautage pour une nouvelle montée il me distance de 20 secondes. Il met un tempo d’enfer et je ne peux pas rivaliser. Je n’ai pas encore capitulé car je sais que tout est possible dans une course, mais pour la fin de l’épreuve il ne reste que deux sections de montées courtes avec des passages de pas de ski de fond qui ne sont décidément pas à mon avantage encore une fois. Marco s’échappe inexorablement et je vais franchir la ligne 1 minute après lui. Sur ces relances en petite montées, je ne suis vraiment plus performant et c’est la réalité de mon âge qui s’oblige.
Je suis vraiment décu car j’ai espéré remporter cette course de la Tre Rifugi et je vais me contenter de cette deuxième place au général, agrémentée d’une victoire en catégorie Masters.
Le repas très bien organisé m’a permis de nouer des liens avec d’autres coureurs français venus de la région niçoise, puis une remise des prix généreuse a clôturé cette journée de compétition.